Gavalda Anna (FR) — Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

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Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part
Автор: Gavalda Anna (FR)
Количество страниц: 28
Язык книги: Французский
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Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part краткое содержание

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Les personnages de ces douze nouvelles sont pleins d'espoirs futiles, ou de desespoir grave. Us ne cherchent pas a changer le monde. Quoi qu'il leur arrive, ils n'ont rien a prouver. Ils ne sont pas herolques. Simplement humains. On les croise tous les jours sans leur preter attention, sans se rendre compte de la charge d'emotion qu'ils transportent et que revele tout a coup la plume si juste d'Anna Gavalda. En pointant sur eux ce projecteur, elle eclaire par ricochet nos propres existences.

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Anna Gavalda

Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

Pour ma soeur Marianne.

Petites pratiques germanopratines

Saint-Germain-des-prés!?… Je sais ce que vous allez me dire: "Mon Dieu, mais c'est d'un commun ma chérie, Sagan l'a fait bien avant toi et tellement mieux! "

Je sais.

Mais qu'est-ce que vous voulez… je ne.suis pas sûre que tout cela me serait arrivé sur le boulevard de Clichy, c'est comme ça. C'est la vie.

Mais gardez vos réflexions pour vous et écoutez-moi car mon petit doigt me dit que cette histoire va vous amuser.

Vous adorez les petites bluettes. Quand on vous titille le cœur avec ces soirées prometteuses, ces hommes qui vous font croire qu'ils sont célibataires et un peu malheureux.

Je sais que vous adorez ça. C'est normal, vous ne pouvez quand même pas lire des romans Harlequin attablé chez Lipp ou aux Deux-Magots. Evidemment que non, vous ne pouvez pas.

Donc, ce matin, j'ai croisé un homme sur le boulevard Saint-Germain.

Je remontais le boulevard et lui le descendait. Nous étions du côté pair, le plus élégant.

Je l'ai vu arriver de loin. Je ne sais pas, sa démarche peut-être, un peu nonchalante ou les pans de son manteau qui prenaient de l'aisance devant lui… Bref, j'étais à vingt mètres de lui et je savais déjà que je ne le raterai pas.

Ca n'a pas loupé, arrivé à ma hauteur, je le vois me regarder. Je lui décoche un sourire mutin, genre flèche de Cupidon mais en plus réservé.

Il me sourit aussi.

En passant mon chemin, je continue de sourire, je pense à La Passante de Baudelaire (déjà avec Sagan tout à l'heure, vous aurez compris que j'ai ce qu'on appelle des références littéraires!!!). Je marche moins vite car j'essaye de me souvenir… Longue, mince, en grand deuil… après je ne sais plus… après… Une femme passa, d'une main fastueuse, soulevant, balançant le feston et l'ourlet…, et à la fin… O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais.

A chaque fois, ça m'achève.

Et pendant ce temps-là, divine candeur, je sens le regard de mon saint Sébastien (rapport à la flèche, eh! il faut suivre hein!?) toujours dans mon dos. Ca me chauffe délicieusement les omoplates mais plutôt crever que de me retourner, ça gâcherait le poème.

J'étais arrêtée au bord du trottoir à guetter le flot des voitures pour traverser à la hauteur de la rue des Saints-Pères.

Précision: une Parisienne qui se respecte sur le boulevard Saint-Germain ne traverse jamais sur les lignes blanches quand le feu est rouge. Une Parisienne qui se respecte guette le flot des voitures et s'élance tout en sachant qu'elle prend un risque.

Mourir pour la vitrine de chez Paule Ka. C'est délicieux.

Je m'élance enfin quand une voix me retient. Je ne vais pas vous dire "une voix chaude et virile" pour vous faire plaisir, car ce n'était pas le cas. Juste une voix.

– Pardon…

Je me retourne. Oh, mais qui est là ma jolie proie de tout à l'heure.

Autant vous le dire tout de suite, à partir de ce moment-là, pour Baudelaire, c'est foutu.

– Je me demandais si vous accepteriez de dîner avec moi ce soir…

Dans ma tête, je pense "Comme c'est romantique…" mais je réponds:

– C'est un peu rapide, non?

Le voilà qui me répond du tac au tac et je vous promets que c'est vrai:

– Je vous l'accorde, c'est rapide. Mais en vous regardant vous éloigner, je me suis dit: c'est trop bête, voilà une femme que je croise dans la rue, je lui souris, elle me sourit, nous nous frôlons et nous allons nous perdre… C'est trop bête, non vraiment, c'est même absurde.

– Qu'est-ce que vous en pensez? Ca vous paraît complètement idiot ce que je vous dis là?

– Non, non, pas du tout.

Je commençais à me sentir un peu mal, moi…

– Alors Qu'en dites-vous? Ici, là, ce soir, tout à l'heure, à neuf heures, à cet endroit exactement?

On se ressaisit ma fille, si tu dois dîner avec tous les hommes auxquels tu souris, tu n'es pas sortie de l'auberge…

– Donnez-moi une seule raison d'accepter votre invitation.

– Une seule raison… mon Dieu… que c'est difficile… Je le regarde, amusée.

Et puis sans prévenir, il me prend la main:

– Je crois que j'ai trouvé une raison à peu près convenable… Il passe ma main sur sa joue pas rasée.

– Une seule raison. La voilà: dites oui, que j'aie l'occasion de me raser… Sincèrement, je crois que je suis beaucoup mieux quand je suis rasé.

Et il me rend mon bras.

– Oui, dis-je.

– A la bonne heure! Traversons ensemble, je vous prie, je ne voudrais pas vous perdre maintenant.

Cette fois c'est moi qui le regarde partir dans l'autre sens, il doit se frotter les joues comme un gars qui aurait conclu une bonne affaire…

Je suis sûre qu'il est drôlement content de lui. Il a raison.

Fin d'après-midi un petit peu nerveuse, il faut l'avouer. L'arroseuse arrosée ne sait pas comment s'habiller. Le ciré s'impose.

Un peu nerveuse comme une débutante qui sait que son brushing est raté.

Un peu nerveuse comme au seuil d'une histoire d'amour.

Je travaille, je réponds au téléphone, j'envoie des fax, je termine une maquette pour l'iconographe (attendez, forcément… Une fille mignonne et vive qui envoie des fax du côté de Saint-Germain-des-Prés travaille dans l'édition, forcément…).

Les dernières phalanges de mes doigts sont glacées et je me fais répéter tout ce qu'on me dit.

Respire, ma fille, respire…

Entre chien et loup, le boulevard s'est apaisé et les voitures sont en veilleuse.

On rentre les tables des cafés, des gens s'attendent sur le parvis de l'église, d'autres font la queue au Beauregard pour voir le dernier Woody Allen.

Je ne peux pas décemment arriver la première. Non. Et même, j'arriverai un peu en retard. Me faire un tout petit peu désirer ce serait mieux.

Je vais donc prendre un petit remontant pour me remettre du sang dans les doigts.

Pas aux Deux-Magots, c'est légèrement plouc le soir, il n'y a que des gosses Américaines qui guettent l'esprit de Simone de

Beauvoir. Je vais rue Saint-Benoît. Le Chiquito fera très bien l'affaire.

Je pousse la porte et tout de suite c'est l'odeur de la bière mélangée à celle du tabac froid, le ding, ding du flipper, la patronne hiératique avec ses cheveux colorés et son chemisier en nylon qui laisse voir son soutien-gorge à gosses armatures, la nocturne de Vincennes en bruit de fond, quelques maçons dans leurs cottes tachées qui repoussent encore un peu l'heure de la solitude ou de la bobonne, et des vieux habitués aux doigts jaunis qui emmerdent tout le monde avec leur loyer de 48. Le bonheur.

Ceux du zinc se retournent de temps en temps et pouffent entre eux comme des collégiens. Mes jambes sont dans l'allée et elles sont très longues. L'allée est assez étroite et ma jupe est très courte. Je vois leur dos voûté se secouer par saccades.

Je fume une cigarette en envoyant la fumée très loin devant moi. J'ai les yeux dans le vague. Je sais maintenant que c'est Beautiful Day, coté dix contre un qui l'a emporté dans la dernière ligne droite.

Je me rappelle que j'ai Kennedy et moi dans mon sac et je me demande si je ne ferais pas mieux de rester là.

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